Adiu l'òme ! À Marcel Homière - lo nòstre MIMI -
C'est un homme, pilier de tant d'associations et de tant de combats, d'une disponibilité constante à l'écoute des autres qui nous quitte. On le croyait hors du temps ... il l'est encore ... sa silhouette nous apparaît toujours au coin de la rue sur une place, en discussion avec l'un ou l'autre ... avec tous avec toutes. Marchant vers les Cazes puis vers Camaras. De Marcel nous retiendrons ici les multiples personnages incarnés à nos côtés à l'ASSA, comme au Teatre de Pas Res. Les crises de rire et les angoisses les jours de première. Du marquis de Costecalde juché sur les épaules de Guillaume Lavabre, l'inventeur de la Marianne républicaine ... , à son dernier rôle au TPR, encore un aristocrate, le Coubisou-Cantagrel ... sa sensibilité à fleur de peau lui permettait toute les audaces, toutes les subtilités ... au grand ravissement du public. Marcel était toujours là pour "monter" les décors, mettre en place la régie ... il avait ses spécialités et aussi ses exigences. En coulisse avec sa lampe et son texte à porté de main ... Nous évoquions souvent ses voyages ... sa préférence pour la nourriture bio ... les vaccinations ... il aimait ces échanges où notre mauvaise foi l'amusait. Une grande pudeur sur sa vie personnelle qu'il masquait par l'humour et cette ironie bienveillante qui marquait ses propos. Nous connaissions aussi son attachement aux œuvres laïques à la "FOL" ... son besoin de vie démocratique respectueuse de toutes les opinions mais ferme dans ses engagements au service public. Alors quand la nouvelle de sa mort nous parvient ... un chagrin immense nous parcourt ... un type bien ... plus qu'un ami, un frère nous quitte. Il faut pourtant s'y faire. S'il aimait évoquer ses ascendances normandes, il pratiquait aussi la langue occitane et en maîtrisait parfaitement les subtilités. Aussi nous semble-t-il nécessaire de terminer cet adieu en faisant sonner la langue des troubadours celle de "paratge" par quelques mots empruntés à Max Rouquette (la mort de Costesoulane) :
" Ara s'èra calada la campana. Montava de ras de la tèrra un tèunhe bronzinament, montava coma un fum amb de rebats de lutz, montava fins qu'a romplir la nuòch. Era coma l'alen seren dau mond. Era lo sieu alen, l'alen de sa vida solitària dins lo cèu sens fin. Tot lo cèu tremolava d'aquel còr umil coma aquel dels grilhs de l'estiu e aquò èra l'alen de Còstasolana. E son esperit èra au centre d'una ròda lusenta ont l'estelum virava coma un vaissèl que gira e vai s'aprefondir.
Quand la mièja nuòch aguèt rendut lo bòsc a la sauvatgina que se sòna de luònh dins l'escur Còstasolana finiguèt. Beluquejava lo cèu de totes sos fuòcs. La tèsta de l'òme èra una pèira entra las pèiras.
Lo vent jogava amb sos peus.... "
(La cloche s'était tue. Du sol montait un léger bourdonnement, une sorte de vapeur aux reflets de lumière qui montait jusqu'à remplir la nuit. Le souffle serein du monde. Son souffle à lui, le souffle de sa vie solitaire dans un ciel immense. Tout le ciel frémissait avec ce chœur aussi humble que le chœur des grillons, l'été, et c'était cela le souffle de Costasolana. Son esprit était au centre d'une roue brillante, le firmament tournait comme un navire qui se couche et va sombrer. Quand la pénombre eut rendu le bois aux bêtes qui s'appellent de loin dans l'obscurité, Costasolana mourut. Le ciel étincelait de tous ses feux. La tête de l'homme était une pierre entre les pierres.
Le vent jouait avec ses cheveux.)
Adiu l'òme ... Mimi per sempre.
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